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Le Dr Christelle Charvet, gynéco-obstétricienne homéopathe vous explique tout sur l’endométriose.

Endométriose : quand les stars s’en mêlent*

L’endométriose enflamme les milieux de la presse people, mais pourquoi ? L’endométriose est une maladie planétaire : 180 millions de femmes sont touchées dans le monde ; il s’agit d’une maladie qui touche des femmes jeunes et qui a un impact sur la qualité de vie et la fertilité.

Bizarre… Comment définir l’endométriose ?

L’endométriose est une maladie définie par la présence d’endomètre, qui est la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus, dans un autre endroit que la cavité utérine.

Elle touche presque exclusivement les femmes et atteint en France 8 à 10 % des femmes en âge de procréer, soit 2 à 4 millions de femmes. L’atteinte la plus fréquente est pelvienne (cul-de-sac de Douglas, ovaires, rectum), mais d’autres organes comme la peau, les poumons, le cerveau, peuvent être le siège de localisations endométriosiques. La particularité de ce tissu endométrial est sa capacité à diffuser, à se reproduire selon un mode qui ressemble beaucoup à celui de la diffusion des cellules métastatiques du cancer.

Vous avez dit bizarre ? Une pathologie encore méconnue

La physiopathologie de l’endométriose reste incertaine et, depuis cent ans, continue à faire couler beaucoup d’encre. Elle repose sur deux théories principales :
– le reflux menstruel par les trompes des cellules de l’endomètre qui, ainsi, iraient se greffer sur les organes de proximité ;
– la métaplasie cellulaire, qui consiste à imaginer la possibilité d’une transformation de cellules indifférenciées des feuillets péritonéaux en cellules d’endomètre ; cela permettrait d’expliquer les cas rares d’endométriose masculine.

Cette localisation anormale entraîne des réactions inflammatoires à l’origine de lésions, d’adhérences et de kystes. Ces lésions vont se comporter de manière comparable à un endomètre (intérieur de l’utérus) sous l’influence des hormones ovariennes. Elles vont se développer et peuvent saigner chaque mois.

Endométriose, quand les stars s'en melent

Comme c'est bizarre ! Une pathologie multifactorielle

- Des facteurs génétiques ont été relevés : un antécédent d’endométriose sévère chez une parente de premier degré multiplie par 6 le risque d’être atteinte et certains gènes sont en cours d’étude ; la maladie pourrait survenir si ces gènes sont présents mais dans des conditions d’environnement particulières.

- Les facteurs environnementaux incriminés sont l’exposition au distilbène et les polluants interférant avec l’action des stéroïdes comme la dioxine.
D’autres facteurs, comme l’exposition aux UV et l’exposition au soja en grande quantité in utero et dans l’enfance ont été évoqués.

- Les facteurs hormonaux sont impliqués : l’endométriose est une maladie qui est dépendante des œstrogènes puisque les lésions endométriosiques produisent plus d’œstradiol que de tissu sain, que l’endométriose est une pathologie de la femme en activité génitale et que des récidives d’endométriose ont été constatées après la ménopause chez des femmes sous traitement hormonal.

- Les facteurs psychologiques semblent aussi interférer : fréquence accrue de dépression, anxiété chez les patientes porteuses d’endométriose sans que l’on sache si c’est la cause ou la conséquence.

Quels symptômes sont évocateurs d’endométriose ?

L’endométriose peut ne donner aucun symptôme. Elle est alors découverte de façon fortuite sur des examens complémentaires ou au cours d’une intervention chirurgicale.

Le plus souvent, elle entraîne des douleurs : les plus typiques sont des douleurs de règles majeures, appelées dysménorrhées, qui s’aggravent avec les cycles et sont tellement intenses que les prises en charge par des antalgiques deviennent insuffisantes. Les douleurs pendant les rapports (dyspareunie) sont fréquentes.

L’endométriose peut être découverte lors d’un bilan d’infertilité. C’est en effet une cause d’infertilité majeure.

Enfin, en fonction de la localisation de l’endométriose, les symptômes peuvent varier : douleur vésicale, constipation, douleur à la défécation, saignements par le rectum au nodule cutané douloureux, les symptômes apparaissant au moment des règles.

L’examen clinique retrouve une douleur à la mobilisation des organes pelviens, voire même une impossibilité de mobilisation de ces organes.

Les examens complémentaires comportent une échographie pelvienne réalisée si possible par voie vaginale ; l’IRM est particulièrement indiquée pour faire le bilan des lésions et savoir en préopératoire quels organes sont atteints.
La chirurgie permet de stadifier l’endométriose (score de l’American Fertility Society).

Et ça se traite, Docteur ?

La prise en charge allopathique est chirurgicale ou médicale et a donné lieu à des recommandations officielles ; ces traitements visent à traiter les lésions et à éviter la propagation de la maladie. Malheureusement, si ces traitements stabilisent ou cachent la maladie, ils ne la guérissent généralement pas et les poussées peuvent reprendre à l’arrêt des traitements.

La chirurgie d’exérèse des lésions ne se conçoit qu’en cas de symptômes gênants ou dans un bilan d’infertilité ; la chirurgie par cœlioscopie est conseillée car elle génère moins d’adhérences.

Les traitements médicaux allopathiques consistent à freiner l’activité hormonale. Analogues de la LHRH, progestérone macrodosée sont les produits les plus prescrits. Le diénogest semble présenter un intérêt : Visanne® est commercialisée en France depuis novembre 2010 avec l’indication "traitement de l’endométriose".

Les pilules œstroprogestatives sont non seulement autorisées mais conseillées puisqu’elles bloquent l’ovulation et évitent les à-coups hormonaux (sauf évidemment en cas de désir de grossesse).

Les antalgiques et les anti-inflammatoires doivent être prescrits en respectant posologie et contre-indications.

Endométriose, quand les stars s'en melent

Et en médecine intégrative ?

La médecine intégrative associe toutes les méthodes thérapeutiques contribuant à guérir ou à prévenir les pathologies.

- Les conseils alimentaires doivent être intégrés dans la consultation.
L’impact de l’alimentation sur les maladies inflammatoires chroniques est bien connu. Il est utile de conseiller aux patientes porteuses d’endométriose d’éviter la consommation d’aliments pro-inflammatoires comme les laitages, les produits gras saturés, les céréales contenant du gluten, les céréales raffinées, les sucres rapides, l’alcool, les fruits citrins (pamplemousse, orange), les éléments frits, la caféine, les oméga-6 (huile de tournesol, maïs), tous les agents conservateurs, additifs, colorants, édulcorants. Le soja doit être consommé avec modération en raison de son pouvoir œstrogénique.
Il faut privilégier les aliments anti-inflammatoires comme les petits fruits rouges (myrtilles, mûres, framboises), les légumineuses (lentilles, pois chiches), les noix et graines, les poissons gras, les légumes frais, les fibres contenues dans les céréales complètes, les fruits, les légumes, les haricots, le riz brun, les crucifères, les oméga-3 (noix, huile d’onagre, poisson gras). La complémentation par de la vitamine D est conseillée.

- L’arrêt de toute intoxication tabagique est fondamental comme dans toute pathologie douloureuse ; le tabac est, de plus, connu comme aggravant spécifiquement les dysménorrhées. L’endométriose étant probablement aussi une maladie immunitaire, l’intoxication tabagique perturbe l’immunité et ne peut qu’aggraver l’évolution.

- L’acupuncture a été évaluée dans cette pathologie et diminue les dysménorrhées sévères.

- La prise en charge homéopathique est intéressante car individualisée, permettant d’adapter le traitement au type de symptôme et au terrain de la patiente. Elle n’a jamais été évaluée, à ma connaissance, dans cette pathologie. Le traitement homéopathique peut être prescrit seul après la chirurgie lorsque les lésions ne nécessitent pas un traitement allopathique médical ou dans l’attente d’une grossesse. Il peut aussi accompagner des traitements d’endométriose sévère pour tenter de stabiliser la maladie.

 

Les patientes porteuses d’endométriose se sentent souvent démunies car les traitements conventionnels proposés sont généralement agressifs ; une prise en charge globale peut les accompagner. Une meilleure connaissance de la pathologie qu’est l’endométriose pourra sans doute permettre de trouver des traitements individualisés et mieux tolérés et peut-être de prévenir la pathologie en cas de facteurs de risque identifiés ; c’est l’objectif de la médiatisation de cette pathologie.
Pour en savoir plus sur les associations de patients www.info-endometriose.fr

Dr Christelle Charvet,
gynéco-obstétricienne homéopathe

* "Julie Gayet et les stars réunies pour l’endométriose" (Paris-Match, 6 avr. 2016). "Dix stars américaines racontent leur combat contre l’endométriose" (The Huffington Post, mars 2016).